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Japon, cerisiers et hanami

Dans l’imaginaire collectif, le Japon est très souvent associé à la floraison des cerisiers, qui a lieu entre mars et mai, depuis le sud de Kyushu jusqu’au nord d’Hokkaido. En réalité, les cerisiers commencent à fleurir dès le mois de janvier sur l’archipel d’Okinawa, et l’on compte plusieurs centaines de variétés de fleurs au Japon et dans le monde. Nous évoqueront ici la plupart du temps la floraison des cerisiers, mais il s’agira aussi de la confondre délibérément avec celle des pruniers, similaire, et qui intervient un peu plus tôt dans l’année.

Au Japon, les « sakura » sont très attendus chaque année et leur bourgeonnement est suivi à la télévision nippone. Cette tradition qui consiste à fêter l’arrivée du printemps remonte à plusieurs siècles, et perdure encore aujourd’hui grâce à l’attachement des japonais pour la nature qui les entoure. Le respect pour cette nature est intimement lié aux deux principales religions de l’archipel, le Bouddhisme, arrivée de Chine, et le Shintoïsme, religion traditionnelle des japonais.

Chaque année, le pays s’extasie devant ces cerisiers qui annoncent l’arrivée du printemps, mais surtout le renouvellement de la nature et donc de la vie. Les japonais appellent ce concept le « hanami », littéralement la contemplation des cerisiers en fleurs. Il y a derrière cette floraison toute une symbolique de vie et de mort, en prenant en compte la beauté éphémère de ces fleurs.

Le printemps est une saison très agréable au Japon, avec généralement des températures comprises entre 15 et 20 degrés, et un temps sec ensoleillé. C’est donc un moment propice pour un voyage au pays du soleil levant, même si vous croiserez évidemment beaucoup de touristes qui viennent eux aussi admirer les cerisiers en fleurs. Quoi qu’il en soit, vous ne pouvez pas manquer ce magnifique spectacle qu’offre le Japon au printemps, et l’atmosphère spécifique de la période qui se dégage à travers tout le pays.

En restant focalisé sur l’île d’Honshu, et via mes propres expériences, partons à la découverte des plus beaux spots pour admirer la floraison des cerisiers japonais.

Tokyo

Depuis très longtemps, mon rêve était de voir la floraison des cerisiers au Japon. Ce fut le but de mon premier voyage en 2018, au mois de mars. En arrivant à Tokyo, j’eus la chance de tomber au meilleur moment de la floraison, lorsque les boutons des fleurs étaient à leur paroxysme. Mon premier contact avec les sakura se fit à Shinjuku, et plus précisément au parc Gyoen, où je me rendit compte que j’avais enfin réalisé mon rêve. Je venais de parcourir un peu plus de 9000km pour vivre ce moment et ressentir toute l’atmosphère qui s’y dégageait.

Par une belle journée ensoleillée, les tokyoïtes étaient venus en nombre pique-niquer sous les arbres. Entre amis, en famille ou entre collègues, chacun était venu avec son bento pour admirer le spectacle des cerisiers qui arboraient de jolies couleurs allant du blanc au rose foncé. Ce sont des scènes typiquement japonaises, pleines d’émotions, que nous n’avons pas l’habitude d’observer en France ou en Europe, voir même dans le reste du monde. Avis aux amateurs de photos, ce parc pourra vous occuper plusieurs heures, entre ses cerisiers, ses bassins, ses carpes, sa maison de thé, ses ponts, son jardin tropical sous serre et autres jardins japonais traditionnels.

Le parc Gyoen à Shinjuku

Autre spot intéressant de la capitale, les jardins du palais impérial à Chiyoda, en plein cœur de Tokyo. Résidence de l’empereur de de l’impératrice, vous ne serez pas libres de votre visite, mais devrez suivre un parcours prédéfini à l’avance. Néanmoins cette visite vaut le coup ne serait-ce que pour découvrir l’ancien site du château d’Edo, où de belles murailles subsistent à l’heure actuelle. En suivant ce parcours, vous déboucherez sur les douves de Chidorigafuchi, qui sont pour moi le plus beau spot de cerisiers en fleurs de la capitale. Ces arbres, plusieurs fois centenaires, sont gigantesques, et leurs branches pleines de fleurs remplissent le paysage d’un blanc immaculé. Une promenade très agréable au bord de l’eau, où vous apercevrez les tokyoïtes faire du pédalos en amoureux et se prendre en photo sous les arbres en fleurs. Un paysage bucolique au cœur d’une des plus grosses mégalopoles du monde, c’est aussi ce qui fait tout le charme de cette ville pleines de paradoxes.

L’ancien site du château d’Edo
Les douves de Chidorigafuchi

Dernier gros spot de la capitale que j’ai eu la chance de visiter, le parc Ueno, situé au nord de Tokyo, dans l’arrondissement de Taitō. Là aussi, comme à Gyoen, vous verrez de nombreuses bâches au sol qui servent à accueillir les pique-niques des tokyoïtes, qui viennent autant pour les cerisiers que pour les stands de nourriture qui s’y tiennent. Profitez de la grandeur du parc pour déambuler tranquillement sous les arbres et goûter aux spécialités locales. Très populaire, ce parc est prisé des japonais le week-end, préférez donc la semaine, et assez tôt dans la journée, pour le visiter. Si vous y allez le soir, le spectacle des lampions dans les arbres est juste magique.

L’allée centrale du parc Ueno
Les stands de nourriture du parc

Comme vous pouvez le constater, les endroits où observer la floraison des cerisiers sont nombreux dans Tokyo, et cela sans même trop vous éloigner du cœur de la ville. C’est donc idéal si vous êtes plutôt pressé et ne comptez pas rester trop longtemps dans la capitale nippone. Ce n’est évidement ici qu’une liste non exhaustive, et il existe de nombreux autres spots à Tokyo, la ville regorgeant de parcs et jardins. Il y a également de nombreux cerisiers qui agrémentent les rues, leurs donnant beaucoup de charmes et leur conférant une atmosphère paisible.

Les endroits suivants vous donneront un bel aperçu du hanami à Tokyo :
• Les bords de la rivière Meguro, dans l’arrondissement du même nom, avec ses 800 cerisiers qui forment un corridor au-dessus de l’eau
• Le parc de Yoyogi, dans l’arrondissement de Shibuya
• Le parc de Kinuta, dans l’arrondissement de Setagaya, avec plusieurs centaines de pruniers et de cerisiers qui fleurissent à quelques semaines d’intervalle.
• Le cimetière de Yanaka, dans l’arrondissement de Taitō.
• La rue de Nakano, dans l’arrondissement du même nom, où se succèdent des arbres sur environ 1km.
• Les bords de la rivière Shakujii, dans l’arrondissement de Nerima.

Kyoto

La floraison des cerisiers est particulièrement agréable à observer à Kyoto. C’est une ville plus tranquille que Tokyo, et ses habitants prennent le temps d’observer la nature qui les entoure. Tout comme dans la capitale, la floraison des cerisiers intervient vers la fin mars, et celle-ci est au maximum début avril. Cela dépend évidemment du climat et des températures qui interfèrent sur les boutons. Ne restez pas au même endroit trop longtemps, car sinon vous risquez de manquer les sakura d’autres régions, car cette floraison est éphémère et les fleurs tombent des arbres assez rapidement. Cela crée d’ailleurs un spectacle unique de voir ces milliers de pétales s’envoler et tourbillonner dans l’air. Les plans d’eau couverts de fleurs rose et blanche sont absolument magnifiques et tellement photogéniques.

Si vous passez par Kyoto et que votre but est de voir les sakura, vous ne pouvez pas manquer le Chemin de la Philosophie. C’est pour moi le plus beau spot de cerisiers en fleurs de tout le Japon. Situé au nord de la ville, il débute aux environs du temple Zenrin-ji pour se terminer un peu avant le temple Ginkaku-ji, ou pavillon d’argent. Mettez de bonnes chaussures car ce chemin bordé de centaines de cerisiers court sur près de 2km. Le spectacle y est de toute beauté, et vous croiserez très certainement de nombreuses familles japonaises habillées en yukata, ces kimonos d’été en coton que l’on peut louer. Vous y croiserez également de nombreux photographes et autres artistes peintres, venus immortaliser la beauté de la nature à l’état brut. Séances photos sous les arbres obligés, il faudra vous armer de patience car de plus en plus de touristes connaissent ce chemin devenu un incontournable du printemps à Kyoto. Vous pourrez aussi faire une halte dans un des nombreux cafés qui bordent le chemin, pour y boire un thé et déguster une pâtisserie. Vous serez forcément charmé par cette ambiance nature et par ce côté très local et typique que dégage le lieu. L’atmosphère qui y règne est particulièrement charmante et agréable.

Marchez sous les cerisiers pendant près de 2km
Une famille japonaise en yukata

Autre lieu rempli de charme où observer de beaux cerisiers, les quartiers historiques de Gion et de Pontocho, au cœur de Kyoto. Les petites ruelles de ces quartiers vous plongeront dans un Japon médiéval, où les traditions sont encore tenaces, et où vous aurez peut-être la chance d’apercevoir une geisha ou une maiko, une apprentie geisha. Interdiction de les prendre en photo sous peine d’une amende. Quoi qu’il en soit, c’est ici que vous verrez nombre de cerisiers en fleurs embellir les rues et border la rivière Kamogawa. A la tombée de la nuit, les habitants aiment se retrouver sur les bords de la rivière, sous les arbres en fleurs, pour dîner ou simplement boire une bière. Un moment d’intimité magique, parfait pour les amoureux. Dans les ruelles des quartiers historiques, ce sont les lanternes des restaurants qui éclairent les sakura et leurs donnent de belles teintes violettes. On appréciera particulièrement s’y promener après dîner, avant de rentrer à l’hôtel. Un spectacle unique au Japon, qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte.

Kamogawa à la tombée de la nuit
Jeu de lumière dans le quartier de Gion

La zone historique des temples, située à l’est de la ville, est elle aussi une zone intéressante où voir la floraison des cerisiers. Globalement, cette zone va du temple Kiyomizu-dera au sud jusqu’au temple Yasaka-jinja et le parc Maruyama au nord. Vous y verrez de nombreux cerisiers agrémenter les jardins des temples et les rues piétonnes de Ninenzaka et Sannenzaka. Une véritable plongée dans la Kyoto impériale, avec ses maisons en bois, ses maisons de thé, ses restaurants et autres commerces qui semblent ne pas avoir bougé depuis plusieurs siècles. C’est ici que vous pourrez trouver le Starbucks qui a prit place dans une ancienne maison de thé, à peine visible de l’extérieur, et qui a également conservé son intérieur d’origine. Outre le nombre important de touristes dans cette zone, ne soyez pas choqué de voir certains restaurants refuser les étrangers. Je suis personnellement tombé sur un restaurant affichant une pancarte « interdit aux étrangers ». Cela fait parti du paradoxe japonais, accueillant mais désireux de préserver son histoire, sa culture et ses origines, et c’est aussi pour ça qu’on aime tant ce pays.

Pique-nique sous les cerisiers
Geisha et Maiko dans le vieux quartier
Un des nombreux jardins de la zone

Globalement, la ville de Kyoto, mieux intégrée à la nature, voit son paysage de cerisiers plus clairsemé que dans d’autres villes plus modernes comme Tokyo. Mis à part le Chemin de la Philosophie, qui concentre un maximum d’arbres, la ville de Kyoto ne recense pas de grosses concentrations à proprement dit. C’est un paysage émaillé qu’il vous faudra découvrir au gré des rues et quartiers, en explorant une des plus belles villes de l’archipel nippon.

Voici d’autres endroits intéressants à visiter, dans les environs de Kyoto, pour la célébration du hanami :
• La montée de Keage, juste à côté de la station du même nom, qui est une ancienne voie ferrée bordée de plusieurs centaines de cerisiers.
• Le jardin botanique de Kyoto, avec la jolie balade du chemin de Nakaragi, au bord de l’eau.                  
• Le jardin Shōsei-en.
• Le parc du temple Tō-ji.
• Le parc de Takaragaike.

Osaka

Osaka est une des plus grandes villes japonaises, mais elle possède de très beaux endroits pour contempler la floraison des cerisiers, et l’urbanisation n’a pas empêché la nature de s’intégrer au paysage. Véritable témoin historique, le château d’Osaka trône fièrement au cœur de la ville, et son parc accueille de très beaux cerisiers qui fleurissent dès la fin mars. Le combo des sakura et du château fonctionne à merveille, et vous obtiendrez à coup sûr de très beaux clichés. Entre la visite du château, puis celle du parc, vous pourrez flâner facilement jusqu’à plusieurs heures, sans oublier d’apporter votre bento pour pique-niquer à la fois sous les arbres, mais également au bord de l’eau et des douves du château. Un de ces très beaux moments purement nippon.

Le château d’Osaka
Une des nombreuses variétés de cerisiers dans le parc du château

Si la marche ne vous effraie pas, passez le pont Kyōbashi et longez la rive gauche de la rivière O jusqu’au parc de Kema Sakuranomiya. Plusieurs kilomètres de marche vous attendent en compagnie de pas moins de 5000 cerisiers. Un paysage féerique illuminé tous les soirs de printemps jusqu’à 22h. L’ambiance qui y règne au coucher du soleil vaut le détour, et vous quitterez difficilement cet endroit si agréable propice à la méditation et à l’apaisement. Pour les fans de pique-nique, n’hésitez pas à vous arrêter dans un konbini acheter de quoi dîner au bord de la rivière sous les cerisiers illuminés. Encore une fois une expérience que vous ne pourrez vivre qu’au Japon. Et pour les photographes comme moi, des milliers de clichés en perspective.

Cerisiers le long de la rivière O
Cerisiers illuminés de nuit

Voilà pour ce petit tour du hanami dans quelques unes des principales villes japonaises, au moins les plus touristiques et les plus souvent intégrées aux itinéraires. Le fait de célébrer le renouveau de la vie avec l’arrivée du printemps remonte à plusieurs siècles, et c’est une tradition très vivace ancrée dans les mœurs japonaises. Lié à la religion shintoïste et bouddhiste, la contemplation est un élément central de vie, c’est aussi pour ça que la floraison des cerisiers suscite un tel engouement au pays du soleil levant, et beaucoup moins ailleurs. Et pourtant ce ne sont pas des arbres endémiques de l’archipel, il y a des cerisiers dans quasiment tous les pays à climat tempéré. Le printemps est une saison très prisée par les touristes, et vous verrez les prix des hôtels doubler, voire tripler dans beaucoup de villes du pays. Il faudra donc tout réserver à l’avance, et partir du principe que les principaux sites touristiques seront bondés. Mais je ne vous redirais pas à quel point cette saison est agréable, et à quel point elle est belle, autant en terme de paysages que par son atmosphère inégalable.

Avant de vous quitter, je vous fait un listing des meilleurs endroits où célébrer le hanami dans le reste du pays. C’est un tour rapide, car sans aucun doute le Japon en possède des centaines, peut- être même des milliers. En suivant le sens de la floraison, et donc du sud vers le nord :

• L’île de Miyajima, dans la préfecture d’Hiroshima.
• Le jardin Korakuen, dans la ville d’Okayama.
• Le parc du château de Himeji.
• Les bords de la rivière Shukugawa, à Kobe.
Le mont Yoshino, dans la préfecture de Nara.
• Le jardin Kenrokuen, dans la ville de Kanazawa.
• Les bords de la rivière Yamazaki, dans la ville de Nagoya.
• Le parc du château d’Inuyama, dans la préfecture d’Aichi.
• Le parc Hanamiyama, dans la ville de Fukushima.
• Le parc du château de Hirosaki, dans la préfecture d’Aomori.
• Le parc de la forteresse Goryōkaku, dans la préfecture d’Hokkaido.

Le temple Tōdai-ji à Nara

Comme à chaque fois, j’espère que cet article vous aura donné envie de voyager au Japon et de découvrir tout ce que ce beau pays a à nous offrir. N’hésitez pas à commenter l’article et à le partager sur les réseaux sociaux si vous connaissez des gens passionné par le Japon. Retrouvez également toutes les photos sur mon compte Instagram @hugoatokyo ! Sayonara

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