Près de deux ans après la catastrophe de Fukushima, le Japon semble faire marche arrière sur le nucléaire, en le présentant à nouveau comme une source d’énergie indispensable. Amnésie ou pragmatisme ?

Un Japon sans nucléaire : cela n’aura duré que quelques mois. Après avoir arrêté toutes ses centrales, l’archipel nippon a finalement décidé d’en redémarrer au moins deux. En attendant les autres. Car, enterrée la volonté de sortir du nucléaire à laquelle s’était engagé l’ancien gouvernement de centre-gauche. Lors de la campagne électorale, Shinzo Abe avait fièrement affiché sa couleur : pas de vert pour lui, mais une volonté de redonner au Japon la puissance de ses centrales nucléaires.

Et cette promesse là, une fois au pouvoir, Shinzo Abe ne l’a pas oubliée. Dans un discours devant la Diète, le 28 février, il l’a même réitérée : toutes les centrales qui seront en conformité avec les nouvelles règles de sécurité, adoptées probablement en juillet prochain, pourront redémarrer. Si on laisse un peu de temps pour des inspections supplémentaires, et pour des travaux de mise à niveau estimés à près de 10 milliards d’euros, les centrales japonaises pourraient redémarrer d’ici 2014. Et on pourrait même envisager la construction de nouveau réacteurs.

Considérations économiques

La position de M. Abe et de son gouvernement est, bien évidemment, entièrement guidée par des considérations économiques. Le Japon est très dépendant des importations de pétrole et de gaz, et son secteur « énergie propre » n’est pas encore suffisamment développé. Le nucléaire est donc une importante source d’électricité. Le ministre japonais du Commerce, Toshimitsu Motegi, a d’ailleurs rappelé que le gouvernement n’avait pas l’intention de saboter son plan de redressement économique avec un quelconque projet de sortie du nucléaire… L’objectif « zéro nucléaire », annoncé pour 2030, semble désormais tombé aux oubliettes.

Mais les Japonais, eux, restent pourtant méfiants à l’encontre du nucléaire. L’émotion suscitée par la catastrophe de Fukushima, les révélations sur la collusion entre TEPCO, les bureaucrates et les politiques ont laissé des traces, un scepticisme vis-à-vis du pouvoir. Les électeurs japonais ont porté Shinzo Abe au sommet, mais leur vote a surtout été motivé par la crise et le rejet du gouvernement en place. Ce qui veut dire que la marge de manoeuvre du gouvernement Abe est réduite.

L’OMS en embuscade

Et comme pour compliquer encore la tâche du premier ministre, l’Organisation mondiale de la santé vient juste de publier un rapport sur les risques de cancer encourus par les personnes exposées aux radiations de Fukushima. Un rapport finalement plutôt optimiste, qui révèle que, si le risque de cancer est plus élevé, il reste si faible que la différence n’est pas forcément évidente. L’un des auteurs du rapport, Richard Wakeford, de l’université de Manchester, va même jusqu’à affirmer qu’il vaut mieux ne pas fumer que de ne pas aller à Fukushima…

Pourtant, le simple fait d’associer cancer et Fukushima dans un même rapport pourrait suffire à raviver les craintes des Japonais. Le maire d’Iitate, un village évacué après la catastrophe, s’est empressé de critiquer le rapport, en déclarant à la NHK : « je suis extrêmement en colère face à cette analyse excessive, qui va plonger les habitants un peu plus dans la peur ». Preuve que les autorités savent que la question du nucléaire pourrait leur coûter le soutien de l’opinion publique.

Source: Aujourd’hui le Japon