La Maison de la Culture du Japon à Paris fête ses 15 ans avec une saison placée sous le signe du rire. L’exposition « Warai, l’humour dans l’art japonais » vient rompre avec l’idée sérieuse que l’on se fait trop souvent de la culture japonaise. La centaine d’œuvres présentées, révèlent un Japon où le rire, l’excentricité, la farce, sont au cœur d’un patrimoine artistique et religieux très peu mis en valeur et méconnu.

La Maison de la Culture du Japon a ouvert ses portes à Paris, il y a 15 ans. Pour célébrer cet anniversaire, elle place sa programmation 2012/2013 sous le signe du rire. Une saison de concerts, d’expositions, de spectacles comiques traditionnels, de théâtre underground loufoque, et de conférences, qui va permettre au public occidental, qui souvent méconnaît la culture japonaise, d’ouvrir son regard et de découvrir l’humour japonais, un pays où, cela peut paraître étrange, on rit beaucoup. L’humour et le rire sont donc au cœur de l’exposition événement de cet automne, « Warai, l’humour dans l’art japonais, de la préhistoire au XIXe siècle » présentée jusqu’au 15 décembre. Warai, se traduit par « rire » le plus souvent, mais également par « sourire ».

Figurines préhistoriques, rouleaux peints, estampes, images populaires, peintures zen, sculptures bouddhiques et objets d’artisanat d’art, la centaine d’œuvres exposées, dont beaucoup viennent de collections particulières, « montrent cette autre catégorie de l’esthétique, qui est centrale au Japon, celle du comique, du rire, du déformé, de l’excentrique, et, c’est une des singularités de l’exposition, son lien avec la vie religieuse », souligne François Lachaud, historien de l’art japonais, directeur d’études à l’École française d’Extrême-Orient, (EFEO), « ce qui est difficilement compréhensible ou peu connu du public français », plus souvent habitué à une esthétique de l’épure, des jardins et de la spiritualité zen. « Avec, ajoute le commissaire de l’exposition, la chance de pouvoir, devant les œuvres, se rendre compte qu’on n’a pas besoin d’énormément d’explications pour rire soi-même. »

Ces figures essentielles de l’art japonais retrouvent aujourd’hui leur place dans la culture nippone, au même titre que les notions de raffinement, d’épure et de beauté. Les historiens de l’art les redécouvrent depuis 50 ans environ, et les Japonais eux-mêmes, depuis une vingtaine d’années. Le rire, depuis la préhistoire, mais surtout depuis l’époque médiévale, est au cœur de la société japonaise, et aujourd’hui, radios et télévisions accordent une place importante aux programmes comiques. « Si le public français a été jusqu’ici peu sensibilisé à cette qualité et cette vertu de l’art japonais », explique François Lachaud, « c’est parce que les Japonais, quand ils se sont ouverts à l’occident, ont voulu vanter une esthétique qui plaisait aux occidentaux. Le japonisme et les jardins zen ont très vite séduits, et par effet de retour, les Japonais n’ont pas voulu mettre en avant ce patrimoine de personnages souvent cinglés ».

L’exposition met l’accent sur les œuvres du XVe au XIXe siècle, en particulier sur l’école des peintres excentriques de Kyoto au XVIIIe siècle. Des artistes subversifs qui par leur production, sponsorisée et aidée par les empereurs, vont changer les canons de la peinture.

Archéologie et mise en scène du rire, les effets comiques et les expressions humaines chez les animaux, dieux et bouddhas rieurs, l’essentiel de l’exposition est consacré à l’art pictural, sous la forme de l’estampe. Le visiteur s’amuse beaucoup devant le Rouleau de la bataille des pets, de Kawanabe Kyôsai, l’un des artistes majeurs de la fin de l’époque Edo et des débuts de l’ère Meiji au XIXe siècle. Son œuvre fait l’objet de nombreuses redécouvertes depuis les années 2000, après avoir été longtemps ignorée. « Les personnages qui littéralement s’affrontent à coup de pets dans cette caricature », explique François Lachaud, « représentaient le Japon ancien des shoguns, en train de perdre la partie contre le Japon impérial puis impérialiste. »

Warai, l’humour dans l’art japonais, de la préhistoire au XIXe siècle, une exposition à découvrir jusqu’au 15 décembre, à la Maison de la culture du Japon à Paris, 101bis, quai Branly dans le 15e arrondissement. Du mardi au samedi, de 12h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 20h. Prix d’entrée 7€.