Dix-huit longues années que le public international attendait la sortie de l’ermite Murakami, qui avait abandonné le Japon. Alors que son nouvel ouvrage suscite un engouement délirant, avec des files d’attente dans les librairies, l’éditeur d’Haruki Murakami s’est fendu d’une impression à 1 million d’exemplaires, chose rare sur l’Archipel.

Contrairement à d’autres romans, Murakami plonge cette fois ses personnages dans le monde réel, alors qu’il avait pris l’habitude de manipuler les mondes par le passé. Son ingénieur de 36 ans, Tsukuru Tazaki, s’embarque depuis le Japon vers la Finlande, à la recherche d’aventures, d’amitiés brisées, etc.

Donc Murakami a fait une apparition publique à Kyoto, et devant un auditoire de près de 500 personnes, a raconté son livre. « Généralement, les choses sont divisées entre le monde réel et l’irréel. Mais je me demandais comment tout se déroulerait, si je basculais dans le monde réel », expliqua l’auteur.

« Les gens ses blessent et se replient sur eux-mêmes, mais comme le temps passe, ils s’ouvrent de nouveau, progressivement, et grandissent en reproduisant cela. Ce roman parle de maturité. »

Le parterre, béat d’admiration, rapporte l’agence Reuters, avait dû participer à une loterie pour obtenir le droit de venir écouter l’évangéliste Murakami, aujourd’hui âgé de 64 ans. S’il s’était exprimé ces dernières années au cours de discours prononcés dans différents pays, le Japon était orphelin des interventions de sa star depuis 18 ans.

Et le public était largement au rendez-vous, a pu apprécier Bugeishunju, son éditeur. Murakami expliquera également qu’il a décidé de prendre la parole publiquement, pour rendre hommage à son ami, Hayao Kawai, un psychologue décédé en 2007.

« Il y a des sentiments physiques réels que nous avons partagés. Ces sentiments existent au plus profond de nos âmes. De même qu’elles existent dans des endroits plus profonds encore, elles peuvent être connectés au travers de choses essentielles », note le romancier. Mais Kawai, se souvient-il, c’est également la seule personne qui a accepté ses histoires et son concept sans rechigner.

Le roman Shikisai wo Motanai Tazaki Tsukuru to, Kare no Junrei no Toshi, s’est déjà vendu à plus d’un million d’exemplaires, permettant de largement rentabiliser l’investissement de l’éditeur en volumes imprimés. « C’est la première pour moi, que le personnage est décrit dans ses moindres détails. Je n’avais jamais écrit de cette manière auparavant. Mais j’avais de l’intérêt et de la sympthie pour cette personne. »

Cette intervention à l’université de Kyoto, devant un Murakami en pantalon rose saumon et chaussures de sports bleues, avec une verte verte claire, ne marque pas non plus que le romancier va désormais devenir un personnage public. Il déteste toujours autant l’idée d’être reconnu dans la rue, ou que l’on empiète sur sa vie privée.

D’ailleurs, il ne perd pas ses bonnes habitudes : « Je veux que vous pensiez à moi comme à une espèce en voie de disparition – c’est bien de me regarder de loin, car, attention : je peux vous mordre si vous m’approchez et tentez de me parler ou me toucher. »

Il est malade, donc.

Mais c’est un vrai bonheur.